D’abord une boulimie de lecture. Puis un choc. À 16 ans. LE livre qui donne envie d’écrire une nouvelle “à la manière de�. Pour voir. Suivie d’une autre, et d’une autre… La première machine à écrire n’a pas arrangé les choses. Ni le premier ordinateur. Sauf pour les tiroirs qui cessent enfin d’accumuler carnets, cahiers, notes et manuscrits – on ne dira rien du nombre de disques durs entrés en surchauffe... Bref, une addiction, un engrenage – tout sauf infernal. Toujours lire – chaque livre, quel qu’en soit le thème, est une véritable boîte à outils – et écrire, par plaisir, jusqu’à la surprise de s’entendre dire qu’on a un style, son style.

Mais le plus beau compliment est venu de mes enfants. Après avoir raconté le sujet d’une histoire en cours, leur seul mot a été : “encore !� ... à l’écran… Il y a des millions d’écrivains de tiroirs qui sont devenus des écrivains de disque dur, puis du Net. Je n’avais pas envie de faire partie du lot. Sauf qu’un ami a conçu un site à vocation artistique plutôt particulier. Une sorte de Rubik’s Cube dont le contenu est dissimulé au coeur d’un labyrinthe. Y participer fut un formidable moteur d’inspiration, ne serait-ce que par le rythme à soutenir : une nouvelle en moyenne tous les 15 jours. La suite tient à la découverte en octobre 2005 d’un site de publication en ligne, www.inlibroveritas.net offrant la possibilité de recueillir l’avis des lecteurs. Lorsqu’on écrit, c’est pour être lu. La famille, c’est bien, mais il faut d’autres yeux. Ce qui requiert aussi d’accepter de prendre des coups. De mettre son ego dans sa poche, de s’ouvrir aux autres. … plusieurs “essais�… Après Kaléidoscope, il y a eu le recueil "Une ère de liberté", dans lequel figure une de mes nouvelles, le concours pour la Gazette du Val d’Oise, avec "Vitamine D" qui a terminé parmi les finalistes, sans oublier “mon� premier roman. J’utilise les guillemets, car, pour le mener à bien, nous nous y sommes mis à deux. Avec Démotier, un auteur dunkerquois. Un pastiche : "Graimet vieillit mal". … avant d’être édité… Des lettres de refus, bien sûr. Comme tout le monde. Mais pas une collection complète. Je n’ai jamais été un assiégeur d’éditeur. Une tentative par-ci, par-là . Sans plus. Juste une prise de température, en somme.

Ce qui pouvait se concevoir, étant donné que j’étais à la recherche d’avis sur mes histoires, pas de gloire. Tous ces coups d’épée dans l’eau datent d’avant la publication en ligne. Le seul envoi qui a touché, c’est "6h50 corniche Kennedy". Une nouvelle écrite à l’occasion d’un concours réalisé par le gratuit 20 minutes, en 2004. Sélectionnée puis publiée à raison d’un chapitre par jour, pendant une semaine.

… puis reconnu par le milieu… Publication en ligne d’une bonne trentaine de nouvelles, avis des lecteurs, et en mars 2006, publication du recueil "Kaléidoscope". En ligne également. Jusqu’à ce que le gérant de Inlibroveritas.net me contacte pour m’offrir… l'édition à compte d’éditeur ! Cet auteur, c’est notre collègue, G@rp. Mais G@rp, pourquoi publier sous le pseudonyme imprononçable, ou presque, de “g@rp� ?

D’abord en hommage au roman de John Irving Le monde selon garp, ensuite car ce pseudonyme était déjà bien connu sur le Net, au sein de divers forums à vocation littéraire. La question qui revient le plus souvent est : pourquoi avoir remplacé le “a� par un @ ? Parce que, pour moi, l’arobase est synonyme de communication, d’échange. Tout comme on peut y voir une spirale : un point commun avec la chute de certaines de mes nouvelles… … et surtout par les lecteurs…

"Kaléidoscope" est un titre rudement bien trouvé pour ce recueil de nouvelles. L'auteur réussit deux tours de force. D'abord il impose sans coup férir un style personnel très agréable, simple en apparence mais travaillé, ciselé et qui mélange, souvent avec maestria, légèreté et profondeur. Ensuite, les thèmes abordés dans ce recueil sont variés : on peut ainsi découvrir certains textes mystérieux et troublants (le très bon A-coup n.m. par exemple), d'autres dégageant une belle atmosphère propre à la littérature fantastique ou d'anticipation (les excellents 6h50 corniche Kennedy ou Camping Gaz) et d'autres encore s'attardant sur les petits faits de la vie quotidienne qui font quelquefois de grandes histoires : la relation amoureuse (le génial Tu et moi dans l'axe du coeur ou le formidable Signé Vénus ) ou les joies des cours de récréation (Les coups et les couleurs). Et g@rp passe ainsi de la férocité à la tendresse, de l'émotion à la légèreté, de la tristesse à la joie. Mais, dans toute cette variété, une seule chose sert de fil conducteur : le talent que l'on voit poindre à de très nombreuses reprises. Un auteur à découvrir assurément.�


Qu'attendez-vous pour le (re)découvrir ?
Denis